Test Devialet Mania : une bonne enceinte nomade, un peu trop ambitieuse

S’il y a bien un point sur lequel la Mania se distingue d’emblée de ses concurrentes directes, c’est bien sa conception acoustique. L’enceinte nomade de Devialet est certainement l’une des premières à adopter une architecture aussi “complexe” dans un tel volume : 4 haut-parleurs disposés sur la surface supérieure, secondés par deux haut-parleurs de grave à grande excursion positionnés en push-push, dans une configuration inédite en “stéréo croisée”. Est-ce là la recette secrète pour mettre la concurrence à genoux et révolutionner l’expérience sonore que l’on peut attendre d’une enceinte de cette taille ?

Au global, on peut répondre à cette question par la négative, car tout n’est pas aussi impressionnant qu’on pourrait l’imaginer ou nous le faire croire. La Mania marque de gros points sur certains aspects, en premier lieu par sa capacité a retranscrire les basses. La technologie SAM et les deux woofers en “push-push” font toujours des prouesses, d’autant plus sur une enceinte de cette taille. Les coups de grosse caisse, plus généralement les larges percussions, les lignes de basses, les drops et effets les plus graves produits par les synthétiseurs sont retranscrits avec l’énergie et la profondeur qui les caractérisent. On ressent bien la lourdeur et l’impact de tous ces éléments, et cela avec une approche relativement propre au vu de l’extension proposée ici, même si certains morceaux réveillent parfois quelques débordements, des résonances peu esthétiques (un synthétiseur ou une basse jouant un do2 pour citer un exemple précis, ou sur des morceaux comme Put me Thru d’Anderson .Paak ou Death is not Defeat d’Architects).

Le constat est identique à faible ou à fort niveau sonore. D’ailleurs, la Mania offre comme promis un rapport volume/puissance époustouflant, et cela en conservant un bon niveau de précision global et surtout une restitution particulièrement dynamique. Elle peut ainsi délivrer un niveau sonore bien suffisant pour une pièce de bonne taille, un salon ou une salle à manger, et aussi en extérieur dans le jardin, par exemple.

Si l’on salue haut la main ces qualités, l’expérience se trouve rapidement contrastée par quelques déceptions, en premier lieu sur l’équilibre sonore général. Même si la fonction de calibration intégrée fait son office pour optimiser la restitution dans les différents scénarii d’utilisation, la Mania tend toujours à laisser un peu trop de côté les hauts-médiums/aigus. La résultante est une signature sonore chaleureuse, ronde, douce… et même un peu trop douce d’ailleurs, si bien que l’on pourrait presque la caractériser d’émoussée dans certaines situations.

Le défaut de définition à ce niveau, le manque de tranchant, de présence, de vivacité, “d’air”, se ressent tout de suite sur des instruments riches en harmoniques, comme la guitare électrique ou les cymbales, mais aussi sur de nombreux autres (saxophone, trompette, violon, caisse claire…). Assez rarement, mais il faut le dire, même la voix peut se trouver impactée : elle aura un peu du mal à s’incarner, comme si elle était en partie confinée dans l’enceinte, légèrement en retrait ou derrière un léger voile. L’égaliseur à deux bandes inclus dans l’application ne permet de restaurer plus de vivacité sans créer un autre déséquilibre ou sans museler excessivement les basses.

Terminons sur le dernier argument clé de la Mania, sa conception “stéréo croisée” qui, aussi originale qu’intrigante, ne fait malheureusement pas mouche. On peut reconnaitre que le résultat a le mérite d’offrir un restitution sonore bien homogène et “diffuse” tout autour de l’enceinte. Mais la plus grande différence d’équilibre tonal, et elle est assez ténue, ne se perçoit que si l’on arrive véritablement bien dans l’axe de diffusion des plus petits haut-parleurs et à proximité de l’enceinte.

Malgré cela, pour véritablement parler de spatialisation, on sent encore nettement que la scène sonore ne “s’ouvre” pas vraiment, et que la notion de largeur stéréo est très, très vague, pour ne pas dire absente. Il faut se situer à proximité directe de la Mania et au centre de deux haut-parleurs pour constater discrètement quelques effets stéréo initialement très marqués (deux instruments positionnés à l’extrême gauche/droite se répondant, comme sur l’intro de Thrown Down de Fleetwood Mac, par exemple). Positionner l’enceinte à proximité d’un mur, ce qui a sur le papier pour effet de déclencher le mode “stéréo orientée”, n’apporte pas plus de satisfaction.

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