Nalini Anantharaman, l’électron libre des maths

La professeure Nalini Anantharaman au Collège de France en octobre 2022

« Je n’ai jamais passé autant de temps pour une heure de présentation ! Et je dois encore élaguer », soupire avec ironie Nalini Anantharaman, qui vient de recevoir la clé de son bureau de professeure au Collège de France, où elle prononcera sa leçon inaugurale d’une heure jeudi 10 novembre.

Ce stress peut paraître étonnant chez cette mathématicienne de 46 ans, très expérimentée dans l’enseignement. Maîtresse de conférences à l’Ecole normale supérieure de Lyon dès la fin de sa thèse en 2001, professeure à l’université d’Orsay huit ans plus tard, puis à l’université de Strasbourg en 2014, elle a aussi donné quelques cours à l’école Polytechnique.

Orléanaise, née de parents professeurs à l’université, en maths pour sa mère, en informatique pour son père d’origine indienne, elle s’amuse de son retour dans le quartier parisien de sa jeunesse où elle a étudié en prépa à Louis-le-Grand, puis à l’Ecole normale supérieure : « J’ai l’impression de revenir dans le passé. » Un retour seulement intermittent car, pour des raisons familiales, elle continuera d’habiter Strasbourg.

« Je suis souvent perçue comme une outsider, ce qui m’oblige à adapter mes exposés à l’auditoire »

Nalini Anantharaman n’est d’ailleurs pas du genre à poser ses valises, au sens figuré. En vingt ans de carrière, elle a déjà attaqué quatre ou cinq sujets différents. Au point d’être assez inclassable. « Même dans les conférences, on ne sait pas où me mettre ! Je suis souvent perçue comme une outsider, ce qui m’oblige à adapter mes exposés à l’auditoire », confirme-t-elle. Elle a déjà touché aux probabilités, à la géométrie, au chaos, aux systèmes dynamiques (l’étude d’équations qui évoluent dans le temps), aux équations aux dérivées partielles (des équations évoluant aussi dans l’espace), aux graphes (des objets avec des nœuds et des arêtes comme un réseau social ou le Web), aux variétés (synonyme de surfaces) et même aux surfaces aléatoires (domaine qui n’a pas quinze ans)… On en oublie sûrement.

Pour un artisan, cela reviendrait à passer de l’ébénisterie au tricot puis à la poterie et à la sculpture. « Je n’aime pas les choses cloisonnées. J’adore explorer de nouvelles pistes et découvrir des choses que je ne connais pas », résume-t-elle, confessant s’être souvent formée sur le tas. « C’est courageux, car devoir se former dans d’autres thématiques peut faire peur. Mais cela apporte de la fraîcheur. Quand j’étais son étudiante en thèse, j’ai apprécié qu’elle me propose de me lancer sur des chemins nouveaux », témoigne Laura Monk, en post-doc à l’université de Bristol après avoir été la doctorante de Nalini Anantharaman jusqu’en 2021.

Il vous reste 69.28% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Leave a Reply