Au Luxembourg: «Une nouvelle époque est arrivée pour le logement»

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Au Luxembourg«Une nouvelle époque est arrivée pour le logement»

LUXEMBOURG – Les mesures annoncées récemment par le gouvernement, pour mobiliser les logements potentiels, n’auront peut-être pas un effet immédiat, mais pourraient être efficaces à moyen terme.

20181010 : mercredi 10 octobre  2018 Vue photos Photo thématique Logement
p.ex. Signe Appartement à louer/à vendre - chantier de construction maison, 'Baulücken', Affiche/Vitrine immobilière, Affiche entrepreneur ...©EDITPRESS/François Aussems

Le Luxembourg a besoin de plus de logements.

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Le vendredi 7 octobre, le gouvernement annonçait une réforme de l’impôt foncier, ainsi que la création d’impôts de mobilisation des terrains vacants et sur les logements vides. Objectifs: mettre davantage de logements sur le marché pour faire face à la crise, récurrente depuis des décennies au Luxembourg. Des mesures utiles et suffisantes? Pour Antoine Paccoud, géographe social au LISER, spécialisé dans le logement et coordinateur de l’Observatoire de l’habitat, elles sont «un signal assez fort qu’une nouvelle époque est arrivée, où l’État cherche à intervenir beaucoup plus qu’il ne l’a fait depuis la Seconde Guerre mondiale. C’est un changement de mentalité. Laisser le logement au seul marché n’a pas résolu la crise».

Le chercheur met toutefois en garde: «Il n’y aura pas d’impact immédiat, il faut d’abord voter, mettre en œuvre…», puis construire de nouveaux logements. Antoine Paccoud et ses collègues de recherche ont déjà montré que le foncier au Luxembourg était possédé par «une petite poignée d’acteurs, quelques gros promoteurs qui gèrent le foncier avec une logique d’accumulation, de tenir les terrains le plus longtemps possible, développer puis vendre» au prix fort. Jusqu’à présent, ils n’avaient quasi rien à payer pour garder les terrains sans rien en faire pendant des années, le temps de faire grimper les prix.

«L’accumulation d’appartements, une habitude au Luxembourg»

La réforme de l’impôt foncier et la création de l’impôt de mobilisation vont «changer la donne», explique Antoine Paccoud. L’entrée en vigueur de l’impôt de mobilisation «sera impactant» car il sera pénalisant pour des propriétaires possédant de nombreux terrains dont ils ne font rien. «Il pourra y avoir des situations où, si on n’en tire pas de revenus de terrains, cela aura un coût». Un coût qui sera plus élevé pour ceux qui ont plus de terrains en friche.

Pour ce qui est de l’impôt sur les logements vides, il participe, selon Antoine Paccoud, d’une politique avec «trois angles d’attaque». Il y a la réforme sur le bail à loyer, la limitation de l’amortissement accéléré dans le projet de budget et cet impôt. L’amortissement accéléré permettait de défiscaliser les investissements locatifs. «Cette pratique crée un déséquilibre énorme entre les investisseurs et les primo-accédants», en faveur des investisseurs. Le budget le restreint à deux utilisations dans la vie de chaque contribuable, «ce qui limitera l’accumulation d’appartements, une habitude au Luxembourg».

Un registre des logements, «le prochain grand chantier»

Avec tout ça, on constate que «l’idée est d’empêcher que le logement soit vu comme un bien d’investissement privilégié». Ceci dit, «la taxe sur les logements vides ne sera pas pratique à mettre en place. Il faut un registre qui dépende de la bonne volonté des communes. C’est le prochain grand chantier, comprendre combien de bâtiments existent, qui les possèdent, y habitent… Cela va prendre du temps, mais c’est une information essentielle».

Au final, toutes ces mesures «vont clairement changer la donne à long terme. Si l’on met tout bout à bout, on voit que l’investissement dans la terre et la pierre n’est plus perçu comme souhaitable, c’est un gros changement». Cette perspective pourrait même «avoir un impact» dans les prochains mois, «si les gens se projettent» sur l’entrée en vigueur des nouvelles règles et commencent à faire quelque chose. «On suivra ça à l’Observatoire de l’habitat», glisse le chercheur. Pour qui un autre changement est nécessaire: «Il faut plus d’achats de foncier par les pouvoirs publics, c’est ce qui manque au Luxembourg pour y construire des logements abordables».

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