William Shatner traumatisé par son voyage dans l’espace

« Mon voyage dans l’espace était censé être une fête. À la place, je l’ai vécu comme un enterrement. »

Parmi les rares humains qui ont eu la chance de franchir les frontières de l’espace, beaucoup sont revenus transformés. Ils décrivent généralement un phénomène depuis baptisé effet de surplomb qui résulte de la mise en perspective de la Terre, suspendue au beau milieu de l’espace.

Une expérience souvent décrite comme bouleversante et profondément cathartique. Elle susceptible de changer radicalement le regard d’une personne sur la Terre, la nature, la condition de l’espèce humaine, et sa fragilité extrême. Mais parfois, lorsqu’on s’attend à ressentir une émotion en particulier, c’est tout l’inverse qui peut arriver ; William Shatner peut en témoigner.

L’expérience de l’acteur, qui a longtemps incarné le Capitaine Kirk dans la légendaire série Star Trek, semble avoir été particulièrement intense. Il s’était élancé dans l’espace en octobre 2021 à bord d’une fusée New Shepard de Blue Origin. Avec ses trois camarades de mission, il a passé une dizaine de minutes à la frontière de l’espace; il est ainsi devenu le voyageur spatial le plus âgé de l’histoire.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a été marqué au fer rouge par son séjour au milieu des étoiles. À son retour, il n’a pu retenir ses larmes, affirmant avoir vécu « la plus profonde des expériences ». En tant que spectateurs, nous imaginions qu’il s’agissait d’un mélange d’émotions positives… mais la réalité est beaucoup plus nuancée que ça. Dans son nouveau livre autobiographique, il décrit un état d’esprit très différent de l’euphorie habituelle des voyageurs spatiaux.

L’autre versant de l’effet de surplomb

« J’adore les mystères de l’univers. J’adore toutes les questions que nous nous sommes posées pendant des milliers d’années d’exploration et d’hypothèses… mais quand j’ai regardé dans l’autre direction, dans l’espace, il n’y avait pas de mystère, rien de majestueux à contempler… tout ce que j’ai vu, c’est la mort », avoue-t-il dans l’extrait publié par Variety.

« C’était un sentiment de chagrin parmi les plus puissants que j’ai vécu », précise-t-il. « Le contraste entre la froideur vicieuse de l’espace et la douce chaleur de la Terre en dessous m’a rempli d’une tristesse accablante. »

« Tout ce que à quoi je m’attendais était faux. Je pensais qu’aller dans l’espace serait la catharsis ultime de cette connexion que j’ai toujours recherchée entre tous les êtres vivants. Je pensais que ça serait la prochaine merveilleuse étape dans la compréhension de l’harmonie de l’univers… » continue-t-il.

« Chaque jour, nous sommes confrontés à la destruction de la Terre de notre propre main : l’extinction de choses qui ont pris 5 milliards d’années à évoluer, et soudainement, nous ne les reverrons plus jamais à cause de l’intervention de l’humanité », écrit-t-il avec une amertume palpable. Contrairement à la plupart de ses semblables, il n’est donc pas revenu de l’espace le cœur chargé d’espoir, mais bien « rempli de terreur ». « Mon voyage dans l’espace était censé être une fête. À la place, je l’ai vécu comme un enterrement », conclut l’acteur de 91 ans.

La psychologie de l’espace, un facteur très important

Cette tirade un brin morbide, certains y verront peut-être un caprice de riche, voire un début de dépression chez une personnalité qui approche du crépuscule de sa vie. Mais dans tous les cas, la grande honnêteté dont l’acteur a fait preuve rend ce un témoignage assez unique et extrêmement intéressant. En effet, les civils qui reviennent de l’espace décrivent quasiment toujours une version extrêmement positive de l’effet de surplomb.

Mais dans le cas de ces missions commerciales, il n’est pas toujours évident de savoir si cette extase est entièrement authentique ; elle pourrait aussi comporter un effort de communication. Après tout, voir des astronautes amateurs s’extasier à leur retour sur Terre, c’est la meilleure publicité qui soit pour un opérateur comme Blue Origin !

Le témoignage de Shatner montre que chacun peut vivre cette expérience à sa façon. Et c’est un point dont les opérateurs devront absolument tenir compte à l’avenir ; la « psychologie de l’espace » sera un élément crucial, autant pour les missions touristiques courtes que pour les expéditions prolongées qui arriveront dans les prochaines décennies. Il nous reste décidément beaucoup à apprendre sur nous-mêmes avant qu’Homo sapiens sapiens ne devienne une espèce véritablement interplanétaire.

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