Comment EDF veut inciter financièrement ses clients à décaler leur consommation

Inciter les clients particuliers et entreprises à consommer en dehors des jours et des heures de pointe pour soulager le réseau et éviter les mesures de délestage, c’est-à-dire les coupures tournantes d’électricité organisées. C’est ce à quoi travaille EDF grâce à un vaste plan de communication, à l’approche d’un hiver particulièrement tendu pour le système énergétique, qui fait face à la fois à une crise gazière et électronucléaire. L’entreprise, bientôt entièrement dans les mains de l’Etat, répond ainsi à la demande du gouvernement, qui pousse depuis cet été les fournisseurs à revoir leur grille tarifaire pour passer l’hiver.

« Nous ne sommes pas confrontés à un manque d’énergie, mais de puissance. Entre 18h et 20h, la puissance appelée augmente à des niveaux très élevés. Il faut écrêter cette pointe », a expliqué Marc Benayoun, directeur exécutif d’EDF, en charge des clients, services et territoires, lors d’un point presse ce lundi 10 octobre. « L’effacement permettra certainement d’éviter le délestage à cette heure-là. Nous menons des actions très fortes sur le périmètre de notre portefeuille clients pour trouver des gisements d’effacement. Cela aura une valeur très importante pour sécuriser le système électrique », a-t-il assuré.

Pour rappel, l’effacement pour un client consiste à réduire ponctuellement sa consommation électrique en réponse à un signal reflétant une tension sur le réseau électrique, qui doit en permanence assurer l’équilibre entre l’offre et la demande d’électricité. Dans cette optique, EDF a mis en place des offres afin d’inciter financièrement ses clients à reporter leur consommation électrique en dehors de ces fameuses heures de pointe, qui se situent entre 8h et 13h le matin et vers 19h le soir.

Concernant les clients particuliers, l’électricien met en avant deux options autour des offres au tarif réglementé. La plus classique est l’option heures creuses/heures pleines qui permet aux clients de bénéficier de tarifs avantageux essentiellement pendant les heures creuses de la nuit. Une option particulièrement pertinente pour tous les particuliers disposant d’un ballon d’eau chaude et dont le déclenchement automatique est ainsi programmé la nuit. « Près de 10 millions de nos clients disposent de cette option dans leur contrat. Nous ciblons 3 millions de clients à qui nous allons pousser les avantages de ces options heures pleines/heures creuses », a indiqué Lionel Zécri, en charge du marché résidentiel.

Booster l’offre Tempo

La seconde option s’articule autour de l’offre Tempo, à laquelle 200.000 clients ont déjà souscrit. Celle-ci s’articule autour de trois catégories de jours. 300 jours « bleus » où le kilowattheure (kWh) est au moins 30% moins cher que le tarif réglementé. Une quarantaine de jours blancs où le kWh est au moins 10% moins cher que le TRV. Et, enfin, 22 jours dits « rouges » pendant lesquels le kWh est significativement plus cher, c’est-à-dire au moins trois fois plus cher que le TRV. Pendant ces jours rouges, les clients sont encouragés à baisser leur consommation et à la décaler le plus possible entre 22h et 6h du matin, plage horaire pendant laquelle ils bénéficient d’un tarif heures creuses. Les clients sont alors prévenus la veille pour le lendemain, et il ne peut y avoir plus de cinq journées rouges consécutives.

Pendant longtemps, EDF n’avait pas le droit de promouvoir cette offre basée sur le TRV auprès de ses propres clients en vertu des règles de la concurrence. « Cette année, le gouvernement nous a autorisés à faire une campagne vers nos clients au tarif TRV, mais nous n’avons pas le droit de le faire vers les prospects », précise Marc Benayoun. EDF va profiter de cette nouvelle permission pour communiquer auprès de 5 millions de clients. « Il y aura certainement beaucoup plus de clients Tempo à la fin de l’année qu’au début », avance le dirigeant. Cette offre Tempo doit ainsi prendre le relais de l’offre EJP, pour Effacement jour de

uprès de ses propres clients en vertu des règles de la concurrence. « Cette année, le gouvernement nous a autorisés à faire une campagne vers nos clients au tarif TRV, mais nous n’avons pas le droit de le faire vers les prospects », précise Marc Benayoun. EDF va profiter de cette nouvelle permission pour communiquer auprès de 5 millions de clients. « Il y aura certainement beaucoup plus de clients Tempo à la fin de l’année qu’au début », avance le dirigeant.

Cette offre Tempo doit ainsi prendre le relais de l’offre EJP, pour Effacement jour de pointe, introduite par EDF en 1982, mais qui n’est désormais plus commercialisée. « 400.000 clients disposent actuellement de cette offre, mais on ne peut plus la fournir à ceux qui la demanderaient », précise Lionel Zécri. A la différence de Tempo, cette offre ne permettait pas aux clients de bénéficier d’un tarif heures creuses pendant les journées de pointe.

D’un point de vue économique, EDF assure que l’offre Tempo est « neutre » pour son chiffre d’affaires. « Un client Tempo par rapport à un client heures pleines/heures creuses, ça ne change rien. C’est neutre », insiste le groupe, déjà très endetté.

Électricité : l’Etat pousse les fournisseurs à revoir leur grille tarifaire pour passer l’hiver

Une nouvelle offre moins contraignante pour les entreprises

Le fournisseur historique effectue un travail similaire auprès de ses clients entreprise et particulièrement auprès des industriels. Ces derniers peuvent alors souscrire à une offre d’effacement à travers laquelle ils s’engagent à ne pas appeler une certaine puissance électrique lorsqu’ils reçoivent un signal de la part d’EDF. Là encore l’objectif est d’écraser la pointe de consommation lorsque le réseau est en tension. Les entreprises ayant souscrit ce type de contrat touchent une prime fixe, à laquelle s’ajoute une prime à chaque fois qu’elles s’effacent effectivement en libérant de la puissance pour le réseau.

 A cette offre d’effacement classique, EDF a récemment ajouté une offre « d’effacement bonus », considérée comme moins contraignante pour le client. « Le client ne s’engagepas sur la puissance effaçable. Quand il est prévenu la veille pour le lendemain, il peut répondre oui ou non à la demande d’effacement. Nous pensons que nous allons pouvoir drainer davantage de clients et donc accroître de 200 mégawatts notre potentiel d’effacement », indiquent les équipes d’EDF.

Au total, sur le marché français, le potentiel d’effacement avoisine les 5 gigawatts, soit, peu ou prou, l’équivalent de cinq tranches nucléaires. Cette capacité de puissance englobe les contrats directement noués entre RTE et les sites électro-intensifs, mais aussi les offres d’effacement des autres fournisseurs d’électricité, aussi bien auprès des particuliers que des entreprises.

Libérer une puissance équivalente à six tranches nucléaires

 « Notre objectif est d’augmenter ce gisement de 20%, soit 1 gigawatts de plus », précise Marc Benayoun. Au total, les offres d’effacement pourraient donc représenter cet hiver une capacité de 6 gigawatts.

 Interrogé sur le coût de ces mesures, EDF a estimé que « le coût le plus grand pour nous serait de ne rien faire et d’arriver à une situation de délestage ». Cette année, l’entreprise a ainsi tourné la totalité de ses efforts en marketing vers cette démarche de sobriété, alors qu’auparavant une large partie était aussi dédiée à l’acquisition de nouveaux clients. Ce qui n’est plus nécessaire actuellement, compte tenu des 100.000 nouveaux clients qui viennent toquer à la porte d’EDF tous les mois depuis cet été.

 Ce gisement additionnel d’effacement est d’autant plus important pour le système électrique qu’EDF peine à tenir son calendrier de redémarrage de ses réacteurs, en raison des nombreuses grèves intervenues au mois de septembre et des réparations liées au problème de corrosion plus longues que prévu. Ainsi, au total, quelque 6 GW manqueraient à l’appel par rapport au calendrier annoncé à la fin de l’été.